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Ce guide n’est pas un mode opératoire. Chaque machine a sa cinématique d’enraillement, décrite dans sa notice d’instructions ; chaque chantier a ses consignes, fixées par le gestionnaire d’infrastructure et l’entreprise. En cas d’écart entre ce texte et ces documents, ce sont eux qui s’appliquent.

De quoi parle-t-on

Une pelle rail-route est une pelle sur pneus équipée, à l’avant et à l’arrière, de lorries : des ensembles de guidage portant des galets à boudin. En mode route, les lorries sont relevés et la machine roule sur ses pneus. En mode rail, les lorries sont abaissés, les galets guident la machine sur les rails. Selon la conception, l’effort de traction et de freinage est transmis par les pneus en contact avec le rail ou par des galets moteurs. La notice de chaque machine précise son principe et les conséquences sur le freinage et l’adhérence.

La recommandation R.482 de la CNAM désigne ces manœuvres sous les termes d’enraillement et de déraillement — ce dernier mot signifiant ici le retrait volontaire de la voie. Elle les évalue en catégorie B3, avec la montée et la descente de banquette, dans le thème « conduite et circulation ».

Premier principe : on ne se met pas en voie de sa propre initiative

Une voie ferrée est présumée circulée. La pelle n’y accède que lorsque la protection du chantier est établie et que l’agent de sécurité compétent en a donné l’autorisation au conducteur. Cette autorisation est un acte précis, pas une impression : le conducteur doit savoir qui la donne, sous quelle forme, pour quelle voie, entre quels points et jusqu’à quelle heure.

L’accompagnement des engins est une fonction à part entière. Le programme de la session TES M + TSA E (AP LAM / S9) lui consacre une journée : consigne LAM, conditions de mise en voie, guidage du conducteur. L’objectif pédagogique est explicite : guider les lorrys automoteurs lors des mises en voie, des déplacements et des retraits de voie. Le conducteur et l’agent qui le guide forment un binôme ; aucun des deux n’agit seul.

Deuxième principe : le lieu se choisit avant le poste

Le point de mise en voie est défini lors de la préparation du chantier, premier des neuf points de vigilance de la campagne « La preuve par 9 ». Les lieux habituels sont les passages à niveau, les passages planchéiés et les plateformes d’accès aménagées, où le niveau du sol affleure celui du rail. Un lieu se juge sur plusieurs critères.

Critères d’appréciation d’un point de mise en voie
CritèrePourquoi il comptePoint de vigilance
Accès routierLa machine arrive par la route ou sur porte-enginsPortance, largeur, manœuvre du porte-engins, riverains
Planéité et déversLa stabilité pendant la descente des lorries dépend de l’assietteÉviter les courbes à fort dévers ; se référer aux limites de la notice
Niveau du sol par rapport au railIl conditionne la cinématique de la manœuvreSol affleurant ou platelage en bon état, ballast non éboulé
CaténaireLe bras se déplace pendant la manœuvreSituation électrique connue, limiteur de hauteur actif
Voie contiguëLa tourelle peut engager le gabarit voisin en se plaçantVoie voisine protégée ou rotation limitée du bon côté
Appareils de voie et installationsAiguilles, circuits de voie, pédales, câblesSe mettre en voie à l’écart des appareils et des installations de signalisation
Passage à niveau ouvert au publicCoactivité avec la circulation routièreMesures de protection routière prévues à l’avance

Troisième principe : une séquence, pas une improvisation

Le détail des gestes dépend de la machine. La logique, elle, est constante et peut se résumer en cinq temps.

ÉTAPE 01Autorisation

Protection en place, autorisation reçue de l’agent compétent, binôme de guidage constitué, zone dégagée de tout piéton.

ÉTAPE 02Présentation

La machine se place dans l’axe de la voie, au lieu prévu, à vitesse réduite, guidée depuis le sol.

ÉTAPE 03Descente des lorries

Selon la cinématique de la notice, jusqu’à la course complète, machine stable.

ÉTAPE 04Contrôle

Vérification visuelle, par le conducteur et par l’agent au sol, que tous les galets sont engagés sur les deux files de rails.

ÉTAPE 05Essai

Court déplacement et essai de freinage avant de partir vers la zone de travail.

Le retrait de voie suit la même logique en sens inverse, avec une contrainte supplémentaire : l’heure. La fin de créneau est le moment où la fatigue et la pression du temps se cumulent. Le repli se planifie donc avec une marge, et l’heure de départ vers le point de retrait est fixée dès le briefing.

Les points de vigilance

Enraillement incomplet

Un galet posé sur le champignon du rail au lieu d’être engagé, un lorry descendu partiellement, un corps étranger sur le rail : l’anomalie ne se voit pas toujours depuis la cabine, surtout de nuit. D’où le double contrôle, conducteur et agent au sol, avant tout déplacement. L’étude de sinistralité menée par l’OPPBTP pour le SETVF, qui a porté sur 107 accidents en trois ans, fait figurer les déraillements parmi les situations les plus à risque.

Stabilité pendant la manœuvre

Pendant la descente des lorries, la répartition des appuis change. La machine doit être à l’arrêt, sur un sol portant, équipement dans la position prescrite par la notice. Certaines notices prévoient l’usage de l’équipement comme appui dans des conditions précises ; en dehors de ces conditions, cet usage est proscrit.

Caténaire et gabarit

La mise en voie oblige souvent à orienter la tourelle et à déplacer le bras. C’est une phase où le limiteur de hauteur et le limiteur de rotation doivent être actifs et correctement réglés. La caténaire est considérée sous tension tant que sa mise hors tension n’a pas été attestée. Ces deux risques sont développés dans le guide risques caténaire et gabarit.

Installations de la voie

Les abords d’un passage à niveau ou d’un appareil de voie concentrent des équipements sensibles : câbles, capteurs, éléments de signalisation. Les pneus, les lorries et le godet ne doivent ni les heurter ni s’y appuyer. La session AP LAM / S9 traite justement des passages à niveau et des appareils de voie dans sa journée consacrée aux travaux sur les voies.

Piétons

Pendant la manœuvre, la seule personne admise à proximité est l’agent qui guide, placé là où le conducteur le voit et hors de la trajectoire de la machine. La recommandation R.482 évalue en continu la sécurité des piétons, la vision en marche arrière et l’usage de l’avertisseur sonore.

Après la mise en voie : circuler sur rails

Une pelle sur rails ne se conduit pas comme sur route. L’adhérence acier sur acier, ou pneu sur acier, allonge les distances de freinage, surtout sur rail humide ou gras. La machine ne peut pas éviter un obstacle : elle ne peut que s’arrêter. La grille B3 évalue la circulation à vide et en charge, en marche avant et arrière, en ligne droite et en virage, en mode route et en mode rail, ainsi que la maîtrise des vitesses et du freinage. La vitesse, les conditions de franchissement des appareils de voie et des passages à niveau sont fixées par les consignes applicables au chantier.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Se mettre en voie sur une autorisation supposée, relayée par un tiers, au lieu de la recevoir de l’agent compétent.
  • Choisir un lieu « plus près du travail » que le point prévu, sans analyse du dévers, de la caténaire ni des installations.
  • Partir sans contrôle visuel des galets, parce que la manœuvre « se passe toujours bien ».
  • Laisser les limiteurs réglés pour le chantier de la veille.
  • Entamer le repli trop tard et exécuter le retrait de voie dans la précipitation.

Ces erreurs ont un point commun : elles relèvent de l’organisation et du comportement, pas de la technique. C’est pourquoi la mise en voie s’apprend en situation, après une formation au risque ferroviaire comme Sécu Fer, et se prépare dès la prise de poste.

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que la mise en voie d’une pelle rail-route ?

C’est le passage du mode route au mode rail : la pelle se place dans l’axe de la voie, abaisse ses lorries et engage ses galets de guidage sur les rails. La recommandation R.482 de la CNAM parle d’enraillement, et de déraillement pour le retrait volontaire de la voie.

Qui autorise la mise en voie ?

L’agent de sécurité compétent désigné par l’organisation du chantier, une fois la protection établie. Le conducteur ne se met jamais en voie de sa propre initiative. Le guidage de l’engin est assuré par un agent formé à la sécurité des lorrys automoteurs.

Où peut-on mettre une pelle en voie ?

Au point défini lors de la préparation du chantier : passage à niveau, passage planchéié ou plateforme d’accès aménagée. Le choix tient compte de l’accès routier, du dévers, de la caténaire, de la voie contiguë et des installations de signalisation.

La mise en voie fait-elle partie du CACES ?

Oui pour la catégorie B3 du R.482 : les manœuvres de montée et descente de banquette et d’enraillement et déraillement sont évaluées dans le thème « conduite et circulation ». La catégorie B1, celle de la pelle classique, ne les comporte pas.

Pourquoi ne pas publier une procédure détaillée ?

Parce que la cinématique d’enraillement diffère d’une machine à l’autre et que les règles d’accès à la voie dépendent du gestionnaire d’infrastructure et du chantier. Seules la notice du constructeur et les consignes applicables font foi.

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